En 2023, moins de 0,01 % des véhicules vendus dans le monde fonctionnent à l’hydrogène. Le coût de production de l’hydrogène vert reste trois à quatre fois supérieur à celui du gazole ou de l’essence. Les infrastructures de ravitaillement, en nombre très limité, freinent le développement de cette solution sur la quasi-totalité des marchés.
Les constructeurs automobiles, après avoir investi des milliards d’euros dans la recherche, réorientent massivement leurs stratégies vers les batteries électriques. Les politiques publiques, malgré quelques incitations, privilégient aujourd’hui le déploiement des réseaux de recharge électrique.
Voitures à hydrogène et électriques : comprendre les différences fondamentales
Pour comprendre le fossé entre hydrogène et électrique, il faut regarder sous le capot, là où bat le cœur de la technologie. La voiture à hydrogène transforme l’hydrogène en électricité grâce à une pile à combustible. Ce procédé repose sur une réaction entre l’hydrogène et l’oxygène de l’air : il en ressort de l’électricité, de la chaleur et un peu d’eau, rien d’autre. À l’opposé, la voiture électrique mise sur des batteries lithium-ion, qu’on recharge directement à la prise, sans passer par une étape intermédiaire.
Voici ce qui distingue concrètement ces deux systèmes :
- La pile à combustible embarquée dans une voiture à hydrogène fournit de l’électricité tant que le réservoir reste plein, ce qui rend le fonctionnement continu tant qu’on a du carburant.
- Les voitures électriques, elles, s’appuient sur la capacité des batteries : une fois la charge épuisée, il faut brancher et patienter.
Mais la question ne s’arrête pas à la technique : le bilan carbone pèse lourd dans la balance. Une voiture à hydrogène ne rejette que de la vapeur d’eau, c’est vrai, mais l’immense majorité de l’hydrogène provient encore de sources fossiles. De l’autre côté, l’électricité qui alimente les véhicules électriques français est principalement issue de filières faiblement carbonées.
Cet écart entre promesse technique et réalité industrielle façonne l’impact environnemental de chaque technologie. Tant que l’hydrogène vert, c’est-à-dire produit à partir de sources décarbonées, reste minoritaire, la voiture électrique tire son épingle du jeu, surtout sur un réseau électrique propre. La bascule vers une mobilité hydrogène réellement propre attend toujours son heure.
Quels avantages et limites pour l’hydrogène dans l’automobile ?
Ceux qui misent sur l’hydrogène mettent en avant un argument implacable : faire le plein ne prend que quelques minutes. L’autonomie, elle, dépasse les 500 kilomètres sur certains modèles comme la Toyota Mirai ou la Hyundai Nexo. Pour les adeptes de la longue route et les pressés, la technologie semble prometteuse : on ne sacrifie ni le temps ni la distance.
Mais le revers de la médaille est bien réel. Aujourd’hui, la production d’hydrogène dépend encore massivement des énergies fossiles. Moins de 5 % de l’hydrogène disponible provient de sources renouvelables. L’impact écologique en souffre et la voiture à hydrogène peine à tenir sa promesse d’une mobilité propre. Autre frein majeur : le réseau de stations de ravitaillement reste embryonnaire, avec moins de soixante points en France. Impossible, dans ces conditions, de généraliser l’usage des véhicules à hydrogène.
- Avantage : autonomie et rapidité de ravitaillement
- Limite : dépendance aux énergies fossiles et réseau sous-développé
La sécurité ajoute d’autres défis. Stocker et transporter l’hydrogène exige des pressions très élevées, jusqu’à 700 bars, et implique des équipements coûteux, une ingénierie pointue, et des réglementations strictes. L’accès à cette technologie reste limité, en particulier à cause du prix élevé des modèles comme la Toyota Mirai.
Défis techniques, économiques et environnementaux : état des lieux
L’hydrogène utilisé dans les transports naît, dans 95 % des cas, du vaporeformage du gaz naturel. Ce procédé génère près de 10 kg de CO2 pour chaque kilogramme d’hydrogène. Les alternatives renouvelables, comme l’électrolyse via l’énergie éolienne, peinent à s’imposer, freinées par leur coût et des rendements encore décevants.
Le stockage et la distribution de l’hydrogène posent aussi des défis techniques redoutables. Maintenir une pression de 700 bars dans les réservoirs n’est pas anodin : cela complique la fabrication, fait grimper les prix des véhicules et des infrastructures, et rend la logistique délicate. Avec seulement 60 stations en France, le déploiement à grande échelle reste hors de portée.
À l’achat, la pile à combustible hydrogène reste chère. Elle nécessite des matériaux rares, comme le platine, et l’industrialisation ne permet pas encore de faire baisser les prix. Pendant ce temps, les batteries électriques deviennent plus abordables, tirées par la demande et l’innovation, avec un réseau de recharge qui s’étend rapidement.
En définitive, l’empreinte carbone de l’hydrogène dépendra toujours de la façon dont il est produit. Tant que la majorité proviendra des hydrocarbures, le moteur hydrogène portera la marque du carbone. Pour relever le défi d’une mobilité propre, il faudra transformer en profondeur la production et la distribution de cette énergie.
Vers quelles alternatives pour une mobilité plus durable ?
Face aux promesses non tenues de l’hydrogène, les regards se tournent vers les technologies déjà matures pour faire baisser les émissions. L’électrification du parc automobile s’accélère à vive allure. Les voitures électriques se multiplient, portées par des réglementations européennes plus strictes et des investissements massifs dans les batteries lithium-ion. En France, le réseau de bornes de recharge dépasse désormais les 120 000 points, un contraste saisissant avec la discrétion de l’hydrogène.
Les hybrides rechargeables offrent aussi une voie réaliste, combinant autonomie et réduction des émissions en ville. Ils jouent un rôle de passerelle, surtout dans les zones où l’infrastructure électrique n’est pas encore généralisée. Les grandes villes, soumises à la pression de la pollution, favorisent déjà ces modèles à faibles émissions pour répondre aux exigences environnementales.
Panorama des alternatives en France et en Europe
Un éventail de solutions s’impose progressivement dans le paysage français et européen :
- Transports collectifs électrifiés : trains régionaux, tramways, bus électriques prennent une place croissante, limitant la dépendance à la voiture individuelle.
- Mobilités douces : vélos à assistance électrique, trottinettes et covoiturage témoignent d’une transformation profonde des usages, portée par de nouvelles attentes sociétales.
La réglementation européenne trace la route : l’interdiction de vendre des voitures thermiques neuves d’ici 2035 se concrétise, accompagnée de mesures fiscales en faveur des véhicules à faibles émissions. Les constructeurs, eux, accélèrent leurs recherches sur les batteries solides, qui promettent à la fois plus d’autonomie et une meilleure durée de vie. Un cap est franchi, et la mobilité de demain s’annonce déjà sur nos routes.


